Destitution: Trump était «prêt à mettre en péril» la sécurité des États-Unis

Donald Trump était « prêt à mettre en péril » la sécurité des États-Unis pour tirer un bénéfice personnel dans l’affaire ukrainienne, a affirmé mercredi le parlementaire démocrate chargé de la nouvelle phase d’enquête en destitution visant le président au Congrès américain.

En demandant à Kiev d’enquêter sur Joe Biden, son rival potentiel lors de la présidentielle américaine de 2020, Donald Trump « a directement et explicitement invité une ingérence étrangère dans nos élections », a déclaré Jerry Nadler, président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, en ouverture d’une audition publique.

« Il était prêt à mettre en péril notre sécurité et ses fonctions pour son bénéfice personnel et politique », a-t-il ajouté.

Le numéro deux républicain de la commission a alors pris la parole pour rejeter ces accusations, en suggérant que les démocrates voulaient monter un « coup d’État » avec cette procédure.

C’est une « imposture », a dénoncé Doug Collins. Puis il a repris, ironique, une ancienne déclaration de Jerry Nadler, lors de la procédure de destitution de Bill Clinton : « Ce coup d’État partisan sera marqué d’infamie dans l’Histoire de la Nation ».

« Ce n’est pas une procédure en destitution, c’est un passage en force. Aujourd’hui, nous perdons notre temps », a-t-il martelé.

Donald Trump rejette toutes les accusations des démocrates en affirmant qu’il n’a pas exercé de chantage sur l’Ukraine pour qu’elle enquête sur la famille Biden. Leur rapport d’enquête est « une blague », a-t-il jugé mercredi.

L’opposition démocrate est au contraire convaincue qu’il a fait pression sur Kiev et abusé de ses pouvoirs, notamment en gelant une aide militaire de près de 400 millions de dollars destinée à ce pays en conflit avec la Russie.

Forts de leur majorité à la Chambre des représentants, les démocrates ont lancé fin septembre la procédure en destitution contre Donald Trump, avec en vue sa possible mise en accusation, « impeachment » en anglais.

Il est toutefois peu probable que le président soit ensuite destitué puisqu’il reviendrait au Sénat, contrôlé par les républicains, de le juger et que son parti fait bloc autour de Donald Trump.

 « Un roi sur le sol américain »

Sur la base de ce rapport d’enquête, la commission judiciaire a ouvert mercredi une nouvelle phase de la procédure. Son but ? Déterminer si les faits reprochés à Donald Trump correspondent à l’un des motifs de destitution cités dans la Constitution : « trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs » .

Trois professeurs de droit invités par les démocrates ont répondu par l’affirmative.

 « Impliquer un gouvernement étranger dans notre processus électoral est un abus de pouvoir particulièrement grave parce qu’il affaiblit la démocratie », a notamment déclaré Pamela Karlan, professeur de droit à l’Université Stanford.

 « Si le Congrès ne le destitue pas, la procédure de destitution aura perdu tout son sens, tout comme les garanties constitutionnelles destinées à empêcher l’installation d’un roi sur le sol américain », a ajouté Michael Gerhardt de l’Université de Caroline du Nord.

Mais un autre universitaire, convié lui par les républicains, a jugé les preuves « insuffisantes » et déploré la précipitation des démocrates. « Ce n’est pas comme ça qu’un président doit être destitué », a estimé Jonathan Turley de l’Université George Washington.

Invités par Jerry Nadler, les avocats de la Maison-Blanche ont refusé de participer à cette audition en dénonçant une procédure « inéquitable » . Mais ils se réservent la possibilité d’intervenir ultérieurement.

Américains divisés

La commission judiciaire pourrait débattre d’au moins quatre chefs d’accusation : abus de pouvoir, corruption, entrave à la bonne marche du Congrès et entrave à la justice.

Une fois rédigés, les articles seront soumis à un vote en séance plénière à la chambre basse du Congrès, peut-être avant Noël.

Compte tenu de la majorité démocrate à la Chambre, Donald Trump devrait entrer dans les livres d’histoire comme le troisième président américain mis en accusation, après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, tous les deux acquittés par la suite.

Le Sénat serait ensuite chargé de juger le président et il faudrait une majorité des deux tiers pour le destituer, ce qui paraît très improbable. Les républicains sont en effet majoritaires au Sénat et, comme l’audition à la Chambre l’a encore confirmé mercredi, ils font bloc autour de Donald Trump.

Comme leurs élus, les Américains sont divisés sur les poursuites ouvertes contre Donald Trump, avec 49 % qui les soutiennent et 44 % qui y sont opposés, selon RealClearPolitics.

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